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C’est ce que je me suis dit en lisant l’histoire farfelue qu’a racontée
ce candidat aux élections provinciales du parti conservateur de l’Ontario pour
expliquer la présence gênante d’une photo de son pénis sur Twitter.

Évidemment, le politicien n’allait pas raconter à la presse qu’il lui
arrive de prendre ses parties génitales en photo, pour le plaisir, et
que, oups, ce dimanche, le Tweetdeck de son Blackberry s’est activé dans
la poche de son pantalon et que la dernière photo prise, c’est-à-dire
celle de ses bijoux de famille, s’est malencontreusement retrouvée
attachée à un tweet. La locution «pocket-tweet», ou «twit de poche»
aurait pu être inventée pour l’occasion.

Mais non.

Le bureau de l’homme dont il est question ici, George Lepp, a plutôt
tenté de faire passer cette explication fort distrayante : le Blackberry
de George aurait capturé par mégarde une vidéo depuis la poche de
l’innocent candidat alors qu’il marchait, puis George se serait fait
voler son téléphone intelligent par des voyous qui auraient alors twitté
l’image depuis son compte.

Sceptiques, des journalistes de l’Agence QMI ont mené leur enquête :
«plusieurs essais ont été réalisés [pour tenter de photographier des
parties génitales avec un appareil photo fermé dans une poche de
pantalon], sans aucun succès. On ne voit jamais rien qu’un tissu de
poche de pantalon». Évidemment.

Certaines personnes s’en sortent avec de tels mensonges. Nous avons
accepté l’explication «maladie de peau» de Michael Jackson jusqu’à sa
mort, même si personne n’a jamais cru une seconde que des raisons
médicales pouvaient véritablement expliquer le changement de couleur du
roi de la pop.

D’autres s’en sortent même lorsque leurs mensonges sont gros comme ça,
et avoués publiquement. On accorde encore une très grande crédibilité à
Bill Clinton bien qu’il ait, en janvier 1998, affirmé qu’il n’avait
jamais eu de relation sexuelle avec Monica Lewinsky, puis en août de la
même année, conclu qu’il avait, à bien y penser, eu une «relation
physique inadéquate» [impliquant un cigare] avec sa stagiaire. Des
organisations sont prêtes à payer 300 000$ pour entendre l’un des plus
grands menteurs de l’histoire des scandales sexuels s’entretenir sur la
vie. Peut-être explique-t-il, lors de ses conférences, comment réussir
sa vie après avoir affirmé une chose et son contraire.

D’autres s’en tirent, mais on ne sait pas qui. Par exemple, la page
semble être bel et bien tournée sur cette histoire de nominations de
juges qui opposait Marc Bellemare à Jean Charest. Dans ce
l’un-des-deux-ment-gate, on ne saura jamais, vraiment, qui disait faux,
et qui disait vrai, même si on s’en doute. On n’en parle déjà plus, et
Jean Charest sera sûrement réélu aux prochaines élections.

D’autres s’en tirent moins bien avec le mensonge. Moi, par exemple.
Quand je mens, j’ai chaud et le regard fuyant. Je ferais tilter
n’importe quel détecteur de mensonge et échouerais lamentablement au jeu
de Patrice L’Écuyer. Au lieu de mentir avec peu de conviction, je
préfère d’emblée avouer mes torts. J’ai un oncle qui a consacré son
doctorat à étudier le mensonge, expliquant qu’il est tout à fait
adéquat, et même souhaitable, de mentir en situation sociale. Mais même à
cet exercice, j’ai peu de talent. Je suis donc régulièrement
inadéquate.

Heureusement, il arrive que de valeureux chiens de garde parviennent à
semer le doute quant à des affirmations qu’on prend pour du cash.
Certains d’entre eux arrivent même à faire cracher le morceau à des
mythomanes plus adroits que moi.

Tel l’équipe de l’Agence QMI devant l’affirmation de photo de pénis prise dans une poche de pantalon, le journaliste Alain Gravel ne s’est pas laissé berné par la phrase «Je n’ai jamais consommé d’EPO de ma vie».
Mais pour une Geneviève Jeanson démasquée, combien d’injections de
botox non avouées, d’enfants illégitimes avortés, de femmes de chambres
impunément violées?

Nous ne saurons jamais ce qui s’est véritablement passé le soir du 13
novembre 1994, ni la quantité de sperme que DSK a déversé sur le col de
la femme de chambre du Sofitel, ni si Ben Laden est vraiment mort, mais
une chose est certaine, quelqu’un nous ment dans toutes ces histoires.

  • Pascal Henrard

    Bien dit!