Samuel Beckett disait : « La vie est suite ininterrompue de paradis qui nous sont constamment refusés. » En ce qui me concerne, la vie est une suite ininterrompue de malaises qui me sont constamment catapultés en pleine face.

Vous ne pourrez pas le sentir si vous êtes avec moi, mais tout est une source de malaise. Je peux être mal à l’aise à cause de vêtements : « Oh non, il pense que c’est beau/drôle un coton ouaté de hamburgers… Souris pour lui faire croire que c’était un 59$ bien investi » S’ensuit un superbe sourire digne des plus belles photos d’école primaire.

Je peux être mal à l’aise à cause de ce qu’on me dit : « Oh non, elle pense que la capitale de Paris c’est l’Italie. » Histoire malheureusement vraie… gracieuseté de Tinder; faut-il s’en douter.

Mais, je peux surtout être mal à l’aise à cause de ce que je subis.

Par exemple, quand je suis face à quelqu’un qui sent mauvais. Ça, c’est le pire des malaises parce que, contrairement à la salade coincée entre les dents, j’ignore si c’est un malheureux accident ou l’œuvre d’une vie. En plus, c’est très délicat de faire comprendre à quelqu’un qu’il nous rappelle les heures les plus sombres de la peste noire.

J’ai donc, au fil de mon existence, inventé des phrases qui font comprendre mon dégout de manière subtile sans que ça ne puisse heurter la personne.

Et, dans une grande magnanimité, je vous les donne en différents répertoires :

Répertoire médical :

— De toute façon, on va tous mourir un jour… D’ailleurs, tu serais pas en train de prendre de l’avance?

— J’aime être avec toi parce que tu me fais développer de nouveaux talents comme l’apnée.

— Personne d’autre que toi ne sait me faire apprécier les petites choses comme la grippe, les allergies saisonnières et la congestion nasale.

— Quand je te vois, mon regard est toujours pétillant! Mais, c’est parce que mes yeux me piquent pour vrai.

Répertoire « nostalgie » :

— Ton totem chez les scouts c’était « Ours décédé depuis 4 ans »?

— Tu me rappelles tellement mon voyage dans les bidonvilles de Mumbai!

— Moi aussi, mes idoles étaient les Tortues ninjas. Mais, contrairement à toi, j’ai plus voulu imiter le volet karaté que « je-vis-dans-les-égouts ».

— Te souviens-tu comment on a ri quand on t’a dit que tu sentais la marde? Hahahaha! (soupir de fin-de-rire-de-maman-un-peu-pompette) Sweet memories…

Répertoire « Halloween et célébration » :

— Tu t’es déguisé en quelle catastrophe écologique?

— Est-ce que c’est parce que tu veux te marier en médiéval que tu te laves comme à l’époque?

Répertoire « parfum/raffinement » :

— Toi, ta sueur, c’est littéralement de l’eau de toilette?

— À sa mort, Louis XIV a dû se faire décrasser au couteau. Certains te trouveront malpropre, mais moi je comprends ta démarche.

— Ton parfum? Sani-Vac n°5.

Répertoire sociétal :

— Quand quelqu’un meurt dans un appartement miteux à côté d’une raffinerie et que le corps est abandonné pendant des semaines, en pleine canicule, t’imagines l’odeur? (en la regardant droit dans les yeux) C’est pas si pire que ça finalement!

— Tu sais qu’il n’y a pas que les éclipses solaires pour te dire quand prendre une douche?

— Je t’encourage vraiment dans ton rêve de devenir une zone sinistrée!

— Si je pouvais vivre sous l’eau, avec toi, je le ferais.

— Tu sais que tu dois appeler la police si tu trouves un charnier?

Répertoire « amants de la littérature » :

— T’es vraiment resté accroché sur le premier chapitre du Parfum hein?

— *Pour les Shakespeare connoisseurs* « Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. » Le Québec n’a jamais été aussi proche du Danemark.

— Dommage que Rabelais ne t’ait jamais connu! On aurait pu avoir une trilogie avec Gargantua, Pantagruel et toi!

— Mon poème préféré c’est Une Charogne de Baudelaire! Je pourrais donc dire que tu es ma personne préférée!

Pas besoin de me remercier. Vous le ferez plus tard!

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Pour lire un autre texte de Philippe Audrey Larrue St-Jacques : « Ma vie n’est pas un film de Hugh Grant »