Partout, tu vas entendre des « faut pas », des « pense pas à ça ».

J’ai le goût de te dire : c’correct. C’correct que tu ressentes ça : c’est là. Ça te prend, ça t’occupe. Ça te tue. Ça pourrait le faire pour de vrai. Mais on va pas se rendre là. On va pas se rendre à rivière, au pont, à corde. Aux bonbons migrateurs. Mais c’correct que tu les vois. C’parce que t’as ben mal. C’parce que tu veux pu, que tu peux pu.

C’est la force qui te manque.

C’correct. On n’a pas à être forts tout le temps. On peut être à terre. Sois à terre. M’a me coucher à côté de toi. Braille. Chu pas en chocolat, je nage bien. Le lac de tes larmes, y me dérange pas. On va rester à terre, le temps qu’y faut. M’a te flatter les cheveux. Tu feras juste gérer ton fœtal.

C’correct que tu murmures :     j’veux me tuer

j’veux pu de talleur, de demain

J’va même te suggérer de le crier aussi fort que tu le peux, les mains en porte-voix avec les miennes par-dessus les tiennes. Chu là jusque là.

Je les aime pas tes mots, y me font peur autant qu’à toi. Je les reçois avec une vive impression de coups de marteau dans face, mais c’correct. J’ai rien qu’à les recevoir, toi tu vis avec, y te lacèrent le dedans sans arrêt. C’correct que tu les laisses fesser ailleurs. Let me be ton punching bag pendant que t’essaies de ne pas penser à l’air qui te brûle le corps à t’entourer, à t’habiter le vivant.

J’te dirai pas on a besoin de toi, tu vaux de quoi, as-tu pensé à moé, aux p’tits, ta moitié, ta famille, tes amis, ton chien, ton voisin. Je le sais que ton semi-sourire va me dire faux, ben non, j’m’en calice. J’ai mal. Ça me prend toute ce que je suis. T’entendras rien. Je vais laisser ces mots aux autres. M’a juste rester là. Les yeux fermés pour pas que tu portes le poids de mon regard. M’a te dire on respire-tu? C’correct, tu vas répondre. On va faire ça. Aussi longtemps qu’y faut. Parce que c’correct ce qui te gruge, c’est là, ce qui l’est pas, c’est que tu le silence et que tu le vives tuseulE. La crise va passer, je te le dirai pas tu y croiras pas, mais m’a être là jusque là. C’correct.

C’est la Semaine nationale de prévention du suicide. Alors, prévenons.

***

Pour lire un autre texte de Véronique Grenier : « La vie des autres »

  • Marie-Eve Leblanc

    Merci…

    • Marie-Pier

      J’espère que ç’a t’a fait du bien de lire ce texte, puisque tu écris un merci…

      Sache que, comme le texte le dit si bien : C’correct.

    • Malina

      … (c’est … après votre merci ….c’est tout plein ….) Alors …merci a vous aussi …

  • Cath

    Je l’ai lu cet après-midi en braillant.

    Ce soir, je l’ai relu les yeux pleins d’eau à celui à qui je flatte les cheveux des nuits entières en y disant que c’correct. On a braillé ensemble.

    Merci. Mille fois.

  • Marie-Hélène Bourget

    Merci d’avoir écrit ça. On a le droit de souffrir. Et le droit d’aider. « M’a me coucher à côté d’toi »…beau

  • Margaret Ann Buckley

    J’ai aimé ton texte qui m’a profondément remuée. Il m’aidera à mieux soutenir les personnes que je connais qui vivent la dépression et les pensées suicidaires. Merci.

  • Marie-Eve Bruneau

    Beau. Inspirant. Courageux.. Juste de l’écrire ce texte. Bravo. Pour vrai.

  • Anonyme

    Merci tellement

  • Nickie Robinson

    Je vous invite à suite le « It’s ok project » qui travaille depuis bientot 3 ans sur le sujet.
    http://itsokproject.com/