Une connaissance à moi a attendu 6 mois avant d’aller voir un médecin pour des douleurs vaginales.

« Je n’ai pas le temps », disait-elle. Deux jours après notre conversation, elle est restée assise quatre heures chez le coiffeur pour des mèches et des rallonges. Elle voulait des cheveux sexy pour son rendez-vous galant. Le soir même, avec le mec en question, la chimie a opéré et après deux coups de bassin, elle s’est rappelé qu’elle avait mal au vagin.

J’ai 39 ans. Si j’additionne le temps et l’argent que j’ai passé à décorer mes ongles, colorer mes cheveux, arracher mon poil, m’exfolier la face j’pense que j’aurais probablement eu le temps et l’argent pour faire le tour du monde dans des auberges « de pas de jeunesse ».

Le temps qu’on passe à « s’embellir » l’extérieur me jette à terre.

Certaines femmes passent plus de temps à se modifier la façade qu’un douchebag caresse son char monté.

Nos envies ont dépassé nos besoins depuis longtemps. Payer 150$ le 15ml de gelée révolutionnaire à la science avancée nouvellement prouvée cliniquement pour combattre les rides en profondeur à la source de l’épiderme biologique à l’aide de molécules régénératrices et ainsi retardé le processus de vieillissant (reprendre son souffle ici), ce n’est pas un besoin.

C’est un mensonge. Capitaine Bonhomme tripe en ce moment sur l’effort constant d’exagération et Che Guevara est en beau siffleux qu’on parle de révolution pour un mascara.

Les concepteurs de pub se masturbent à grands coups de crosse en bourrant leurs annonces de mots scientifiques afin qu’on se sente connes. Selon eux, il faut combattre le vieillissement et faire la guerre à notre épiderme.

Je m’haïs pas assez pour me faire la guerre. J’aime mieux me faire l’amour.

C’est d’ailleurs suite à des raisonnements comme celui-ci que les stratèges publicitaires ont changé leur approche. Ils ont bien vu que plusieurs femmes comme moi existaient alors le discours tend dorénavant vers « vous le méritez bien ». La même pollution, sous une autre forme, qui sert surtout à nous faire oublier qu’on remplit leurs coffres à grands coups de milliards.

Un vrai message subliminal crié par Gandalf : « VOUS NE DÉPENSEREZ PAS! »

Et ça fonctionne, car on embrasse désormais l’idée qu’on ne dépense pas, mais bien qu’on SE dorlote, qu’on SE fait plaisir, car c’est important de prendre soin de SOI.

D’ailleurs l’industrie abuse à outrance du mot « soin » : Un soin du visage, un soin des mains, on ose même dire un soin beauté comme si le naturel avait besoin de se faire soigner. Faire enlever des oignons douloureux c’est soigner ses pieds. Se faire râper le talon par une pédicuriste qui nous charge au noir, mais qui fait « dont ben des beaux ti-dessins sur nos ongles », c’est un luxe.

Notre définition du mot « belle » est massacrée et clairement à revoir. Nos mains sont belles, car elles bâtissent, écrivent, agrippent, cuisinent, caressent, défendent… Notre peau est belle, car elle ressent, vibre, jouit, protège…

Le maquillage, les talons hauts c’est un jeu. On peut manipuler la game à son avantage sans se faire écraser par des commandements bidons tels « Maquille-toi, rase-toi et de la confiance, tu auras ». C’est sans surprise que la confiance sacre son camp quand la robe ne fait plus et que les poils repoussent.

Alors voilà ce que je nous souhaite pour 2016 : Qu’on cherche à bâtir notre beauté via les projets, les succès et les ambitions et non en accumulant les selfies.

Je ne sais pas si un jour j’aurai une fille, mais à chaque fois qu’une personne lui dira « mais t’es dont ben belle toi! » Je lui rappellerai qu’elle est allumée, créative, active, drôle, déterminée… Je veux qu’elle se trouve belle pour toutes sortes de raisons et surtout qu’elle aime son corps pour ce qu’il peut réaliser.

Bonne année!

Love, xx

***

Pour lire un autre texte de Mélanie Couture : Mets tes bottes dans l’bain.

  • Claudine Samson

    Je suis tellement d’accord! Et c’est encore plus vrai maintenant que mon corps à donné la vie cette année. Je laime pcq il est utile et je n’ai pas besoin de le bichonner pour l’apprécier!

    • Mélanie Couture

      Félicitation nouvelle maman! :)

  • Sophie Lachance

    Il faut soigner tes participes passés. Et lire 99francs de Frederic Beigbeder si ce n’est déjà fait

  • James Cadorette

    Aussi, du point de vue d’un gars pas douchebag, une fille qui passe trop de temps à se mettre belle, c’est inquiétant. Même si la pub voudrait vous faire croire le contraire, on vous aime sans trop d’artifices! Une fille souriante, les cheveux défaits, en pyjama, pas maquillée, c’est sexy aussi…

    • Emy

      Vous avez raison, en fait les douchebags qui passent 2h30 dans la salle de bain chaque matin, aiment les filles qui dépensent en « soins », cosmétiques, et autres fanfreluches ce que je dépense en voyage. L’une d’elle récemment m’a dit « wow, la chance que vous avez d’avoir tant voyagé » Ce n’est pas de la chance bichette, c’est un choix de vie.

  • Marie

    Très bon article! L’autre jour à la pharmacie, la cosméticienne est scandalisée parce que je n’utilise pas d’eau miscellaire (!?!?!?!). J’ai eu envie de lui demander le titre du dernier livre qu’elle avait lu… Je préfère personnellement passer plus de temps à cultiver mon intellect qu’à me pomponner…

  • Pop

    Beau texte, merci de pas blâmé les hommes .
    Je vous laisse sur une pensée D’Henry Ford: see a need, fill a need!

  • Aspergirl

    J’ai jamais compris. Le matin, 10 minutes top chrono je suis prête.

  • Joyce

    Je comprends et suis d’accord avec l’essence du texte. Or, j’aimerais apporter une nuance à la lumière de mon expérience personnelle. Jusqu’à un certain point, prendre soin de l’extérieur peut faire du bien à l’intérieur. J’ai passé la première moitié de ma vingtaine à n’apporter aucun soin à mon apparence : aucun maquillage, visite chez le coiffeur à peine une fois par année, habillement plus qu’ordinaire… Ça correspond aussi à une période de ma vie marquée par la dépression. Au fil de ma guérison, j’ai eu envie de prendre davantage soin de moi et ça a fini par se traduire par plus de soin à mon apparence physique. J’ai été obligée d’admettre que ça me faisait du bien au moral de « m’arranger » un peu. Même si je sais que c’est superficiel, l’effet sur mon moral et ma confiance quand je sors de chez le coiffeur à tous les deux mois, quand je mets un peu de cache-cerne et de blush, ou quand je m’achète un vêtement qui me va bien est bien réel. Je ne serai jamais la fille qui met trois couches de maquillage et qui flambe sa paie sur des rallonges ou des vêtements griffés, mais j’ai appris qu’une personne est un tout dont elle doit prendre soin et que son apparence extérieure en fait partie.

  • Za

    Je lis ça et je suis partagée. Le naturel aussi peut devenir un dictat. Combien ont trouvé ça ordinaire en criss de se faire dire toute la journée « T’as l’air fatiguée! » pendant la journée sans maquillage? Moi je la fais pus. Déjà que c’est pas délicat de caller l’humeur des gens sans qu’ils en aient parlé au préalable, je vais pas stimuler la bêtise.
    En passant, où sont les articles où on blâme les hommes de leurs propres élans superficiels? C’est pas comme si le culte de l’extérieur était un apanage exclusivement féminin. Une fille qui ne s’occupe que de son dehors, ça ne passe pas, si elle ne s’en occupe pas, ça ne passe pas plus. On ne tolère pas socialement qu’une femme, au même titre qu’un homme, soit « suffisante » si elle est tout simplement propre. Mais qu’en est-il de son droit de faire whatever the fuck she wants? Je suis la première à trouver que l’apparence est un jeu dangereux, mais me semble que le droit des humains dépasse mon opinion personnelle. On a beau être d’accord ou pas d’accord, si une femme décide de ne s’occuper que de son dehors, ça reste son droit fondamental. Elle n’a pas encore à sentir le jugement d’une société déjà très (trop) immiscée dans notre féminité. Non?
    On jase là.

  • Héloïse Roy

    Oui, mais je tiens à mentionner qu’il est inutile de condamner les femmes avec des envies « superficielles ». La vraie liberté c’est de se sortir de cette logique où l’on dit sans arrêt aux femmes comment etre et quoi faire. Tu veux te maquiller, fine. Tu veux pas te maquiller, fine aussi. L’idéal serait que toutes les femmes (et les hommes, tiens!) se sentent outillé-e-s pour faire leur propre choix! Un petit voeux pour 2017..

  • CC

    Lorsque quelqu’un disait à notre fille qu’elle est « belle » « mignonne » « une princesse » « un trésor » on rajoutait toujours qu’elle était aussi futée! Maintenant c’est elle qui le rajoute (elle a 7 ans) ; parfois elle ajoute aussi « rigolote » « imaginative ».