Il y a une toune de Vance Joy que j’aime écouter en boucle, deux en fait, mais là je parle de celle qui dit « Your mess is mine ». Ton bordel est le mien. Ou le bordel que tu es, je le prends.

Ça laisse entendre qu’aimer, c’est embrasser le chaos que peut être autrui, parfois ou tout le temps, selon l’autrui. Qu’aimer pourrait exiger ça, gérer le laid de l’autre.

Honnêtement, pendant un moment, je trouvais ça plutôt romantique comme image. Sans doute parce que me considérant comme du type à l’être-bordélique, ça me rassure l’idée que quelqu’un ait le goût de moi jusque-là.

Je sais qu’aimer, c’est accepter l’autre tel qu’il est, ne pas vouloir le changer, mais j’me dis aussi que je ne sais pas si embrasser tout le chaos, c’est une chose bonne. Une chose avec laquelle on veuille vraiment faire avec. Ou qu’on doive tant accepter qu’une personne tolère tout ce que ça peut générer.

Je sais que je suis sur une pente glissante, en ce moment. Ce qui me questionne, c’est peut-être l’idée de le faire sien, le bordel de l’autre. D’en prendre une part en croyant décharger, enlever un poids, aider, alléger. Se dire qu’on va contribuer à la naissance du papillon qui sommeillait dans l’être aimé [promis, je ne poursuis pas cette image] et voir les ailes se déployer sur son dos et battre doucement [j’ai menti].

Mais on ne peut pas tant prendre à l’intérieur de soi du mess, de la douleur, « du » dans tous les sens. Qui n’est pas le nôtre. Et on ne veut pas vraiment, non plus. On a souvent déjà enough de soi à gérer de toute manière.

Je dis pas qu’il ne faut pas être là, consoler, aimer, malgré. Je dis que me semble qu’il peut y avoir des dangers à. Celui de se perdre, d’être aspiré dans le torrent, de se noyer avec. Il y a des chaos plus violents que d’autres.

Quand j’y pense, je me dis que je veux pas tant que quelqu’un fasse sien mon bordel. Je veux pas qu’y me sorte du corps et qui se répande un peu partout dehors, ledit bordel. Il suffit là où il est, il se contient. Je veux pas d’un amour qui me dépossède, prend de mon laid.

J’ai plus le goût de vivre des émotions qui vont me permettre de travailler dessus, par moi-même. Du beau qui va jeter un peu de lumière sur ma noirceur. Des expériences qui vont doucement tempérer la tempête, tuer la houle. C’est là que je me dis que l’amour, c’est à la fois le cocon [j’ai menti vraiment fort], la chose qui entoure, et l’air ambiant, une fois qu’il a éclos [là, je m’haïs, par exemple].

Aimer, ça devrait être ça, notamment : respirer pis se respirer pis s’air-er.

Pas s’étouffer, pas se bourrer de plomb, pas se partager le lourd en pensant qu’on fera du léger avec. Si c’est ça, on fait juste se perforer les ailes [viens-je de tuer la poésie]. On se tue un peu, aussi.

Fa’que. Aucun mess sera jamais le mien non plus. C’est peut-être plus romantique, au final, de se léger la vie que de se l’embrumer, à deux.

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Pour lire un autre texte de Véronique Grenier: Le plaisir.

  • Iza

    Véronique…wow. Tu as mis en mots ma pensée. En fait, je ne suis pas certaine d’avoir jamais poussé la réflexion aussi loin à ce sujet, mais maintenant que tu en parles…ton billet résonne tellement en moi. Moi aussi, je trouve que j’ai bien déjà assez de mon « laid » à gérer que 1) je n’ai pas vraiment d’énergie pour gérer celui d’un autre 2) la dernière chose que je voudrais, c’est que mon laid éclabousse l’homme que j’aime…Bien sûr, rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir, mais quand même…comme tu dis, au final, il me semble qu’une relation amoureuse, c’est fait pour s’alléger la lourdeur, et non pas pour se l’échanger….