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Mes hommages.
Par ce temps grisou, il m’arrive (QUATRE FOIS L’HEURE) de me remettre en question. De me demander ce qui m’a bien pris de ne pas poursuivre mes études en biochimie ou d’avoir levé le nez sur ce formulaire d’application à l’usine à biscuits soda.
Saler les craquelins. Tailler les craquelins. Les trouer à mains nues avec la passion du Christ. Ou alors travailler en médecine légale, dans l’éventualité où j’aurais pas sacré mon bacc aux orties. Examiner des bacilles pour Berrof. Triompher en lunettes protectrices. Entre centrifugeuse et contrôle de la qualité de ce qui sera égrainé dans la soupe beef & barley d’une gourmande octogénaire, mon cœur balance parfois, selon la gravité du spleen.
En général, je parviens à me modérer la petite, toute petite Veruca Salt qui se brandit le poing dans un coin de mon cervelet en me rappelant combien je suis privilégiée d’obtenir un petit sac de velours marqué d’un signe de piastre à la fin de chaque mois pour écrire et battre des cils. Cette chance inouïe de faire ce que j’aime et de pouvoir écrire HALOVEMAH’JOB sur Facebook en te faisant avaler ton potage au crécy de travers.
Une copine à moi m’a déjà dit éprouver un certain réconfort à la seule pensée, en se réveillant chaque matin, de ne pas être Nicolas Ciccone. Cette pensée à elle seule me rassure d’ailleurs 9/10 au moment d’écrire ces lignes.
Mais cette semaine, rien n’y faisait – ne trouvant source d’apaisement ni dans mes dictionnaires, un petit vin chaud à la cannelle, ni au creux de ces gags sentis sur un bronze qui met le cap sur Chandler – et je suis retombée sur cette déclaration de Gérard Depardieu, faite l’automne dernier, je crois, tout juste avant de s’asseoir doucement sur une bouteille de Gallo (jusqu’à disparition complète) :
“Je peux absorber 12, 13 à 14 bouteilles par jour… Mais je ne suis jamais totalement ivre, juste un peu gai. Après, tout ce qu’il faut, c’est une petite sieste de 10 minutes et voilà. Un petit verre de rosé et je suis aussi frais qu’un gardon. Ce que j’aime dans le fait d’être ivre, c’est le moment où vous êtes vivant et enthousiaste. Un point c’est tout. Mais la vie, c’est plus qu’être ivre.”
La vie, c’est certes plus qu’être chaud raide. Mais est-ce plus qu’être “vivant et enthousiaste”? Eh bien je ne suis pas certaine que le public de Marina Orsini serait d’accord avec toi, Gérard. Parce que question de gérer ce spleen automnal, je me suis accroché savates sur Marina. Tous les soirs, cette semaine. Et en plus d’avoir appris que tracer d’élégants motifs sur le dessus des patates pilées avec une fourchette peut meubler cinq minutes d’électrisante conversation avec Lison Dion (les motifs sont un baume), j’ai découvert la véritable essence de l’enthousiasme dans le public de Marina.
Et c’est le seul contexte, le seul, Gérard, où l’expression “vivant et enthousiaste”, peut désormais être célébrée en son juste sens, 14 bouteilles de liquide et de furieuses pisses drues en moins. Le public de Marina n’est pas aussi frais qu’un gardon. C’EST LE GARDON TOUT ENTIER.
Jamais je n’ai été témoin d’autant de bonheur.
De fureur de vivre.
À la moindre évocation d’une papillote de courgettes, de trucs et astuces pour apprivoiser ses callosités ou d’une teinture maison à base de retailles d’espoirs déçus pis de désarroi, ce public, la réunion des 35 personnes les plus EMBALLÉES d’être simplement en vie sur leur petite chaise droite, hurle comme si Bret Michael venait de déposer sa fourche dans le bol à fruits. Le Centre Bell chaque fois que Marina tranche un oignon jaune sur le biseau ou découvre une façon de recycler ses essuie-tout pour en faire une cabane à moineaux qui traversera les âges.
L’hystérie collective dans les petites choses.
Je l’ai observé, ce sexagénaire qui trouvait refuge dans le simple fait de recevoir un mascara gratis (comme chaque membre du public, le sexe dressé en attente de goodies), un mascara waterproof qu’il n’offrira pas à son épouse mais qu’il conservera plutôt dans son emballage pour revivre, chaque fois qu’il l’apercevra sur sa table de nuit à côté de ses Clorets, ce moment de vive félicité et de rondelle relâchée vécu dans un décor de cottage accessible.
Un moment juste pour lui. Un mascara, juste pour lui.
Le bonheur est dans les petites choses. Et Marina, elle, sait prendre soin de son Gérard intérieur. Prenez soin du vôtre (et diable, déposez illico ce poupon que vous langez, courez vous asseoir dans son décor shabby-chic et tendez les bras. On n’y déposera pas toutes les réponses, mais, pour sûr, un sac à surprises remplies d’espoir pis de rince-crème).
Si, toutefois, le temps venait à vous manquer, je vous offre ceci.
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Tenez bon, l’hiver sera doux.
La bise.
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Pour lire un autre texte de Catherine Ethier: Guylaine Tremblay va bien.