Vous ne lirez pas ce texte parce qu’il n’est pas sous forme de vidéo. Vous ne lirez pas ce texte parce que son titre n’est pas écrit en lettres majuscules et ne contient pas les mots « CHOC » ou « INCROYABLE ». Vous ne lirez pas ce texte parce qu’il n’est pas accompagné d’une photo de fille toute nue.

Vous ne lirez également pas ce texte parce qu’il aura un brin de contenu et ne sera probablement pas aussi divertissant que le cul des Kardashian ou les frasques de Miley. Vous ne lirez pas ce texte parce qu’il ne vous aidera pas à effectuer la pipe du siècle. Vous ne lirez pas ce texte parce qu’il a été rédigé par une fille lasse de ne plus rien apprendre et gênée de se laisser happer elle aussi par le sensationnalisme de la culture du vide.

Après presque une journée passée sur Facebook à être absorbée dans un voyeurisme malsain — celui qui rend tellement palpitantes les vidéos dépourvues d’intérêt partagées par des inconnus — j’ai été dégoûtée de moi. D’abord à cause de la reproduction de la tour de Babel en emballages de bonbons d’Halloween qui s’érigeait tranquillement à côté de moi, mais surtout parce que sans m’en rendre compte, j’insultais mon intelligence.

J’ai réalisé que l’intellect se cultive, que ce n’est pas quelque chose que tu acquiers et que tu gardes avec toi pour la vie comme un diplôme.

On a besoin d’engrais à cerveau sinon tout ce qui peut briller en dedans de nous s’empoussière. Où en serions-nous aujourd’hui si tous les Gandhi et les Luther King de ce monde avaient eu pour discours des propos tels « Vous n’en croirez pas vos yeux, cette reporter se fait caca dessus en direct! »? Et qui prendra leur place demain si nous avons tous devant les yeux que des pixels et des promesses d’être ahuris par un perroquet qui danse plutôt que des rêves et de l’ambition?

Le juste correct et le pertinent n’ont plus leur place dans nos vies, ça exige trop de temps et nos cerveaux engourdis par les clics ne sont plus assez forts pour soulever le poids d’un livre. On oublie que justement, la raison pour laquelle une phrase pèse plus lourd qu’un j’aime, c’est parce que c’est de la protéine à culture, pas des calories vides qui, une fois absorbées, ne t’auront rien apporté d’édifiant.

On interagit comme on mange ou comme on consomme de la porno; ça doit être vite fait, facile et plus grand que nature.

On a complètement désappris à en croire nos yeux. J’ai compris que nous devions vraiment peu nous aimer pour accorder tant d’importance à la prise de poids d’une vedette et si peu à ce que nous choisissons de laisser entrer dans notre caboche.

Hier, j’ai entamé une série pour la 4e fois d’affilée sur Netflix alors que j’avais cet article à rédiger. Comme procrastination, j’aurais déjà pu choisir de lire un livre sur la croissance personnelle ou d’écouter un documentaire sur un sujet que je ne connais pas. Mais je ne l’ai pas fait. Pourquoi suis-je restée dans le confort de la futilité?

Parce que l’humain est attiré par la facilité.

Certes, c’est évident qu’il est plus commode de suivre une recette de Kraft Diner que celle d’un bœuf Wellington, mais nous nous offrons tout de même des soupers complets, car nous savons tous qu’il serait nocif de se nourrir exclusivement de nouilles fluo. Alors, pourquoi accepter d’ainsi alimenter notre tête en absorbant autant de macaroni jaune pour notre cerveau, nous abrutissant à coup de vlogs et de télé-réalités? Quand est-ce que le désir d’accomplissement reprendra-t-il la place qui lui est due? Celle du besoin légitime et urgent, celle que le divertissement lui a dérobée.

Ça compte aussi pour notre individualité. Jour après jour, on se gave de détails insignifiants concernant la vie des autres, mais arriver à cerner notre propre personnalité est devenu un défi de taille. On s’en remet donc à des articles comme « 14 signes que tu es mature et simple » (certainement rédigés par psychologues qualifiés) pour nous définir en tant qu’humain et nous rappeler qui nous pensons être.

Ce besoin de comparaison et de validation pour prouver notre valeur témoigne d’une perte de confiance en nos capacités se traduisant par un narcissisme déroutant.

Combien sommes-nous à nous masturber le cœur au moyen de likes et de commentaires sur nos photos de profils? On en oublie même de viser le bonheur en étant trop assoiffés de devenir un #LifeGoal.

Si tu as finalement lu ce texte, soit tu as un kick sur moi et tu t’intéresses dans les moindres détails à ce que je fais, soit la petite lumière de curiosité intellectuelle dans ton esprit brille encore plus fort que l’écran de ton téléphone intelligent. Maintenant que tu en prends conscience, ferme vite cet article et va faire quelque chose qui te fera sentir intelligent ou utile.

Aime, commente et partage si t’es d’accord, pis n’oublie pas d’aller mettre un pouce bleu à ma photo de profil!

***

Un autre texte sur la même thématique: Quitter Facebook pour écouter le silence de Mad Amesti.

  • Admirateur secret

    Allo! Je me permet de te faire une suggestion vidéo qui explique bien des choses à mon avis (je sais, un peu ironique considérant ton article mais c’est un documentaire de 3 heures alors…):

    https://www.youtube.com/watch?v=4Z9WVZddH9w

  • Tellement vrai, ça en est troublant de le lire. On le pense tous au fond… mais ça frappe de le réaliser. Mais il y a espoir. Réaliser tout ça est la première étape vers quelque chose de mieux. Je rêve d’un news feed facebook rempli d’articles forts et humains, de ma télévision pleine de documentaires intéressants et de mes moments libres destinés à de vraies discussions avec des vrais amis (pas virtuels). J’ose espérer que je ne suis peut-être pas la seule à en rêver.

    • J.

      c’est pourquoi tu dois filtrer les publications qui arrivent sur ton mur. Si tu veux quelques idées, fait signe.

  • Romi

    Merci.

  • David Langis

    Une généralisation certes, mais une généralisation nécessaire. Bon texte!

  • Bakkabak

    Non, je le lirai pas parce-que je hait les titres clickbait comme ça

  • Sebastien Tremblay

    notre grande Fabienne nationale a dit via un personnage de 30 vies, : interprétation de mon souvenir « dans 20 ans les gens seront illettré et ne s’en rendront meme pas compte » pi je pense sincèrement que ce sera le cas…

    • Suzanne LaBrie

      Peu importe qu’elle soit paraphrasée, c’est l’idée qui compte. Merci de la citation Sébastien. Je vais la reprendre ailleurs …

  • J’aimerais que la terre entière lit ce texte pour que ça allume quelques lumières.

  • Stephanie L

    C’est parfait.

  • Ramid Bassiste

    C’est un peu comme la Télé Réalité genre, les anges de la télé-réalité, les chti à Miami, Secret Story, de la grosse merde et on paye une redevance pour ça ….

  • Pi R

    Tu devrais regarder le film idiocratie, c’est une théorie humoristique sur l’homme du futur qui au lieu d’avoir évolué, est devenu complètement con.

  • Julien Daunais

    Ce titre…

  • Philip Larouche

    Je suis d’accord et je vais partager ce texte même si je sais que seulement une poignée de mes amis Facebook le lirons, étant donné que je suis très peu suivi, justement parce que je publie le plus souvent des nouvelles et des statuts qui sont de proches parents de cet article. J’ai de la difficulté à entretenir des discussions avec beaucoup de mes concitoyens et personnes de mon entourge, en raison du fait que je préfère les livres et la connaissance au sensationnalisme. On peut donc dire que le fait d’être cultivé et d’avoir envie de stimuler mon intellect est devenu un problème sur le plan social et je commence à trouver ça assez déroutant. Donc merci de plublier un tel article, ça me rassure et ça me donne le gout de continuer.

    • JayLester

      Je me sens comme toi, moi aussi.

  • Danny Bisaillon

    Je déteste les textes d’urbania, sarcasme après sarcasme au lieu d’aller sur le vif du sujet, analogie à la « family guy », humour de cégépien à la recherche de son identité, on essaie de me choquer avec des mots cinglants, je trouve rien d’intelligent la dedans….et revenez-en, à chaque décénnie les gens disent que l’époque dans laquelle ils vivent, c’est de la marde, c’était mieux avant, rien change

    • Julie-Claude

      Et toi, c’est parce que tu te crois plus intelligent que tu es aussi amer?
      C’est vrai: plus ça change, plus c’est pareil. Mais est-ce une raison suffisante pour arrêter d’en parler? Laisse l’auteure s’exprimer et change de blogue si tu n’aimes pas Urbania. :)

      • Danny Bisaillon

        Je ne prétend rien, et je crois pas que l’intelligence soit quantifiable, mais tu as raison ce que j’ai dit est futile et j’ai pas à juger ce qui peut être intérressant pour d’autre

        • Julie-Claude

          Sans rancune. ;)

  • J.

    Beau texte, mais les analogies font perdre un peu de fond au texte à mon avis. C’est comme si Luther King avait dit: I had a dream about hoes last night, lol jk, it was about our future. Le tout devient alors moins pertinent. Mais bon, au total, je suis plutôt content de l’avoir lu. Merci.

  • David

    Je suis d’accord avec toi et je trouve cet article brillant. Ceci dit, je tiens à te dire qu’il existe encore certains esprits allumés et intelligents qui refusent de se nourrir de ces fameuses nouilles jaunes dont tu parles. Je t’accorde qu’il n’est pas facile de les trouver sous cette pyramide de futilité. Cependant, certains font encore des efforts tous les jours pour se cultiver, pour évoluer et atteindre des buts.

  • Marie-Ève

    Une question: à quoi répond ce besoin de stopper notre cerveau? Est-ce justement parce que la vie effrénée que l’on vie nous épuise? Est-ce cette culture de la productivité et de performance qui nous rend avide de cette mal bouffe intellectuelle? Il faut se demander pourquoi, d’où vient ce besoin? Il y a certainement d’autres causes à ce comportement.

  • patatepouel

    J’aime l’ironie sous-jacente au fait que l’auteure reproche au lecteur de s’abreuver de vide intellectuel, alors que le sujet de son article découle clairement de la réalisation de sa propre consommation de vide. Belle façon de renvoyer sa propre culpabilité et son dégoût de soi-même à la masse (le tout avec une plume agréable, il faut en convenir). En tous cas, je me suis bien faite prendre au piège et ai consommé moi-même le vide de cet article. Allez, je retourne à mon divertissement de pauvre.

    • Anne-Marie Blanchet

      Bien d’accord avec toi. En plus, pour participer au commentaire comme je le fais présentement avec toi, et bien, je dois me connecter avec Facebook… Bref, nous devons tous consommer du vide pour lire des articles « intelligents »! Sinon, nous n’y avons pas accès… J’y mets aussi quelques lettre MAJUSCULE pour que tu le lises.

    • Jade
  • yo

    Mangez de la maaarde

  • Suzanne LaBrie

    On s’entend. Les RS ne sont pas mauvais en soi. C’est le mauvais usage qu’on en fait qui est dangereux. Continuez à penser Rosalie. Continuez à remettre en question les outils d’aliénation de l’espèce humaine. Penser, repenser, se repenser elle-même est probablement la seule chance qu’il lui reste, à l’espèce humaine.