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Le centre d’achats du mois : Les Galeries de la Canardière

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Aussi surprenant que ça puisse paraître, le centre d’achats des Galeries de la Canardière a déjà été le plus gros, le plus beau et le plus populaire de toute la ville de Québec. Plus précisément, c’était il y a 55 ans lorsqu’aucun autre centre d’achats n’existait dans la capitale mis à part celui-ci. Mais, comme le disait si bien le poète gaspésien Kevin Parent, les vents ont changé, et l’entité commerciale superstar de Limoilou n’est malheureusement plus l’ombre d’elle-même. Visite guidée tendancieuse.

Puisqu’on change jamais une recette gagnante, on se pose pas de questions et on rentre par le Hart. Dans le but de se faire davantage comprendre par sa clientèle, le frère éloigné de Rossy et Korvette n’hésite pas à utiliser l’orthographe phonétique pour vendre ses vestes de brigadier.

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Afin d’attirer l’attention sur ses SOLDES, le magasin nous le rappelle sans cesse, de toutes les façons possibles.

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Un vieux truc pour agrémenter la folie des SOLDES : nous faire croire que ces imitations de crocs mauves-là ont déjà été à 35$.

Parlant de soldes, le majestueux Pentagone en offre des pas pires pantoute. Une question demeure toutefois : ça vaut tu vraiment la peine d’acheter deux t-shirts à 20$ chaque pour avoir 50% de deal sur un coton ouaté?

La réponse : non.

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En revanche, le magasin a un goût prononcé pour les nouvelles tendances. Dans quelques années maximum, on va évidemment tous porter des shorts en jeans à taille basse afin de montrer À TOUT LE MONDE qu’on porte des boxers bleu bébé de marque Point Zero.

Autre tendance marquée au Pentagone : le design intérieur clairsemé. À quoi ça sert d’utiliser totalement son espace quand on peut simplement toute tasser du côté gauche pour permettre la tenue d’un éventuel match de football l’autre bord?

Même raisonnement du côté des Ailes de la mode, qui ont décidé de donner un espace vital de 34 000 pieds carrés à leur mannequin modèle.
Même raisonnement du côté des Ailes de la mode, qui ont décidé de donner un espace vital de 34 000 pieds carrés à leur mannequin modèle.

Généreux.

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Comment peut-on en venir à une vente de faillite avec d’aussi beaux chandails?

Mystère.

Il y a de ces choses qui ne changent pas à travers les années. Un total de deux personnes au Yellow, dont le vendeur, en fait très certainement partie.

Fait intéressant aux Galeries de la Canardière : moins y’a de place pour circuler dans un magasin, plus y’a de monde. Au succulent Mode Extra, les choses se passent pas mal, et, quand y’a pas assez de clientèle, les 78 mannequins compensent.
Fait intéressant aux Galeries de la Canardière : moins y’a de place pour circuler dans un magasin, plus y’a de monde. Au succulent Mode Extra, les choses se passent pas mal, et, quand y’a pas assez de clientèle, les 78 mannequins compensent.
Ceux-ci ont particulièrement retenu notre attention par leur incroyable finesse.
Ceux-ci ont particulièrement retenu notre attention par leur incroyable finesse.
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Institution de la place, la Librairie Legendre brille de mille feux avec ses airs de grand foutoir pêle-mêle.

En fouillant un peu, on peut trouver de véritables bijoux. Le livre ci-dessous n’en fait pas partie.

Et si le «em» avait été remplacé par un subtil «uc»?

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Y’a pas juste des livres chez Legendre, y’a aussi 15 000 disques, tous classés en ordre alphabétique à part de ça. Un classique n’attend pas l’autre.

Tel un coup de vent, cet habitué de la place, à gauche, ramasse tout sur son passage. Avec 30$ en poche, il fait rapidement le calcul qu’il a droit à trois albums. Ses demandes au vendeur sont un feu roulant. «Nirvana, c’tu bon? Nuance, t’as-tu ça? Marie Carmen, t’as-tu son dernier?» questionne-t-il brillamment, avant d’y aller d’une remarque teintée d’amertume. «Scorpions, il t’en reste pu?? J’aurais dû l’acheter avant!!!!!!!!!!!!!!!»

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Sans être clairsemés, ni surchargés, certains commerces des Galeries misent plutôt sur une disposition d’objets assez fuckall merci. C’est extrêmement le cas de Route 66, détaillant de produits aléatoires qui n’ont aucun rapport ensemble, genre du sel, des araignées jouets, des tapettes à mouche, des biscuits douteux et des bacs en plastique verts.

Un délice.

Zoom salé.

En dedans, la décoration est fulgurante.

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À quoi ça sert d’emmurer le backstore quand on peut le montrer à tout le monde?

Pas trop loin, le Uniprix a décidé de toute sortir son stock du magasin pour faire une grosse vente de corridor.

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Toutes ces problématiques de design et d’occupation d’espace sont toutefois compensées par la gentillesse exubérante des lieux et l’amour qui en émane.

xxxxxx

Si doux et si naïf à la fois.

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À part ça, y’a de l’action en masse aux Galeries puisque le centre compte quatre lieux de rassemblements : le Café d’à côté (très sympathique et coquet), le Salon de quilles Pascal (gros props), le bar Lazard (et sa clientèle de machine à sous qui colle au banc) et, le meilleur d’entre tous, le Star Zone (ou bar Le Répit), qui peut se vanter d’avoir l’INTERNET.

Si une machine à remonter dans le passé existait, ça serait la première destination que pas mal tout le monde prioriserait.

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À l’intérieur, la frénésie du méchoui ne se fait pas encore trop sentir. Deux clans se séparent l’endroit : les trippeux de TV qui regardent la lutte féminine en jasant accotés au bar et les trippeux de pool qui se relaient pour jouer tout en prenant des pauses pour chiller sur la terrasse.

«J’ai pas joué trop fort… J’le savais que c’était une calice de boule», confie à son adversaire un habitué de la place, qui joue avec intensité, grosse Laurentide à portée de la main.

De son côté, ce divan plus ou moins courtisé recueille poussière et grains de maïs soufflé avec assiduité.

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En sortant, on se rend compte que des commerces optent pour des bannières mensongères.

En trois minutes 22 secondes d’observation, aucun de ces clients n’est reparti avec une assiette d’éperlans frits parsemée de spare ribs et de spaghetti aux boulettes de viande. Le terme «buffet» est donc extrêmement erroné.

Aucune des chaussettes vendues dans ce magasin ne semble avoir des tendances bisexuelles.

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Considérant qu’il ne peut exercer un métier et en retirer une quelconque somme monétaire, un ongle ne peut malheureusement pas être professionnel.

Si, par «avenir», le proprio avait en tête «risque de fermer dans deux ans et demi comme toutes les autres shops de cigarette électronique de la province», ce slogan a pas mal d’allure.

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Depuis sa réouverture en grandes pompes en 1971, qui avait bénéficié d’un spectacle avec des sommités de l’époque comme Patrick Zabé et Jonny Farago, les Galeries de la Canardière n’ont conservé que quatre magasins : la Bijouterie Suisse, le Laura Secord, le CIBC et le fameux Salon Royal.

Délectez-vous de sa présence pendant qu’il en est encore temps.

***

Pour lire un autre reportage Centre d’achats du mois: Le centre Jacques-Cartier d’Olivier Boisvert-Magnen.

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