Fermont est une ville minière de 3000 âmes. Dans les années 1970, la compagnie minière y a construit un mur de plus d’un kilomètre pour loger les employés qui exploitaient leur gisement de fer. On dit un mur, mais c’est pas vraiment un mur… C’est plus un gros bloc appartement de cinq étages, orange et brun, en PVC. À l’intérieur du mur, on trouve bien sûr des logements, mais aussi un centre d’achats, un hôtel, une aréna, un gym, une piscine, une maison des jeunes et… un bar de danseuses.

À Fermont, le bar de danseuses, c’est un peu comme le sous-sol d’église : tout le monde le fréquente.

Gars comme fille, jeunes comme vieux, anglos comme francos.

Hier, c’était vendredi soir et parce que c’était vendredi soir, on n’avait pas vraiment le choix de sortir et comme le bar de danseuses est le seul bar de la ville mis-à-part la brasserie, on n’a pas eu le choix de s’y rendre…

L’endroit, qui sentait la bière collante et le sexe, était plein à craquer. En entrant, on s’est assises à la première table qu’on a vue et on a commandé deux grosses 50 à la blonde serveuse. On trouvait que ça faisait «local», mais pas du tout finalement. Ici, tout le monde boit de la Coors Light.

Quelques minutes après notre première gorgée, une première danseuse a gravi les escaliers du stage, puis a commencé à danser sur fond de reggaeton. Dans la salle, les gars étaient en feu. Et des gars à Fermont, y’en a. Le ratio est d’environ 10 pour 1. Un d’entre eux nous a rejoint à notre table : J-F, 24 ans, petit brun à lunettes. On a saisi l’occasion pour lui poser toutes nos questions sur les danseuses et sur la vie en générale à Fermont. Voici un top 5 des choses les plus croustillantes que nous avons apprises au cours de la soirée :

1. Les employés de la mine gagnent en moyenne entre 90 000$ et 130 000$. Les contre-maîtres touchent des salaires de 200 000 à 250 000$. Un concierge va chercher en moyenne 70 000$.

2. L’once de pot est vendue 240$ et le gramme de coke, 100$. Selon notre «source», les gens de la place consomment beaucoup, beaucoup, beaucoup.

3. Les danseuses gagnent en moyenne 3500$ par jour. Elles viennent jusqu’à Fermont en avion et repartent une semaine plus tard.

4. À Fermont, c’est très difficile de se faire une blonde, parce que le nombre de filles est très bas. Les gars doivent se rendent à Baie-Comeau, Sept-Îles ou Québec s’ils désirent faire des rencontres. Certaines acceptent de les suivre, mais beaucoup sont incapables de supporter l’isolement… et l’absence de magasins. D’ailleurs, lorsqu’un gars ramène une fille à Fermont, les chances sont très élevées qu’ils se la fassent voler.

5. Pour s’acheter du linge, le meilleur endroit est le Stiches de Labrador City, à 20 minutes de Fermont.

Après avoir terminé sa bière, J-F est parti en précisant que je pouvais l’appeler demain si je voulais avoir du fun. Faut croire qu’il n’avait vraiment, mais vraiment rien à perdre.

Après son départ, Joannie et moi avons commandé une autre grosse 50. Pendant deux heures, on a regardé la soirée dégénérer gravement. Voici un top 5 des choses les plus surprenantes que nous avons vues:

1. Une danseuse obèse avec un maillot zébré qui fait «BOOOOUUUMMM» en faisant la split.

2. Notre voisine d’à côté, complètement poudrée, faire un strip-tease pour le fun.

3. Des danseuses qui déposent leur sacoche sur le stage avant de danser.

4. Un gars mettre du Linkin Park dans le juke-box.

5. Des lunettes Oakley argent teintées jaune.