Mes hommages.

Permettez-moi de vous pondre un billet en culottes courtes.

Par les temps qui se swignent, je passe vingt-trois heures sur vingt-quatre au clavier, en meeting ou à essayer de me rendre en meeting, coincée entre quatre cônes orange en attendant qu’un homme en dossard m’autorise à traverser la rue avant la Toussaint, en veillant à ce que je ne chute pas dans un des 8000 ravins de Papineau où quelqu’un brasse de la grenaille avec une pelle. Je ne suis pas spéciale, je suis débordée. Vous l’êtes sans doute tout autant.

C’est pourquoi entre deux shifts, il m’arrive de me reposer pupille devant une vidéo où une attachante volaille somnole sur le torse d’un homme, une biche s’égosille dans un tricot scandinave ou une sœur Dufour-Lapointe saute dans un cerceau de feu. Feeling de courtes vacances, le bulbe en pause, je m’imagine, l’espace d’une minute, en chaise longue aux Éboulements, chandail bateau noué aux épaules, à humer la marée basse et l’odeur de roussi à la chevelure d’une olympienne avec ma cup-a-soup.

Et c’est pas le choix qui manque.

Les douze vidéos de Debbie qui sacre le camp sur le terrazzo et qui voient le jour chaque minute, je les visionne à grands rires gras, habitée de la spaciosité intérieure d’une flageolet. Debbie avait pas prévu tomber. Mais Ron, le cinéaste, était là au moment opportun. Et n’était pas pressé pressé d’aller ramasser sa douce virée sur le dos, petits membres agités vers l’Étoile du berger.

Ron me déplaît, certes. Mais Ron ne me déplaira jamais autant que Sue.

Cette Sue, mère, sœur, tatie ou amie de la famille que personne connaît vraiment mais qui profite grave de l’épluchette de blé d’inde pour filmer les enfants (notez que Sue peut aisément être remplacée par Robert, Cindy ou Camille, un prénom unisexe qu’on sait jamais comment prononcer).

Vous savez, les enfants. Ils sont si empreints de poésie. Habités de cette spontanéité qui les pousse à partir en Compostelle dans le fond de la cour et voir leur monde se dérober sous leurs petites pattes rebondies au moment précis où ils piétinent une feuille d’automne ou un restitut. Comme le petit Nash:

Soit. Le petit Nash est fort sympathique.

Et loin de moi l’idée d’affirmer que le papa du petit Nash n’aime pas le petit Nash. Qu’il rate systématiquement ses récitals de ballet-tambourine et lui fait manger du savon râpé le soir venu. Mais se pourrait-il qu’à un certain moment, après les premiers rires et la cuisse rubiconde de claques hilares, il soit temps de laisser tomber ton kodak et de mettre tes espoirs cannois de côté en cessant d’alimenter l’hystérie d’un enfant (UNE FANTASTIQUE HYSTÉRIE) qui te gonflera le corps caverneux quand un vague Bulgare retweetera ta vidéo de pauvre dans quatre ans?

Le petit Nash (aussi théâtral soit-il) n’avait pas besoin que tu coures chercher ta ciné dans la cave, quand il a appelé à l’aide.

Il avait besoin d’une paper towel.

Même s’il te faisait vivre le moment le plus crousti-tendre de ta bisextile.

Tout comme la petite fille à qui tu fais croire que tu as mangé tous ses bonbons d’Halloween.
Ce nourrisson, qui ne croyait pas que le gâteau de noces lui tomberait sur la noix.
Ou ce petit gars qui a le pénis coincé sous la lunette des toilettes, mais dont tu prolonges le calvaire derrière ta lentille PARCE QUE C’EST DRÔLE EN TABARLI, CE PETIT PIPI-LÀ.

Je n’ai pas progéniture. Mais quand j’expulserai, je tâcherai de faire des aquarelles de mon petit qui s’étouffe avec du sable à Cuba après lui avoir administré la manœuvre de Heimlich.

En attendant, je préfère glousser à propos de Ron.

NICE, RON.

La bise.