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Dans le plus récent numéro de Jobboom, Annick Poitras signe une chronique qui détruit un peu la télévision québécoise. Mettons tout d’abord une chose au clair : j’adore Jobboom, que je lis régulièrement d’une couverture à l’autre, et Annick Poitras est la personne qui, il y a six ans, m’a donné ma première chance d’écrire dans un magazine et pour ça, je la remercierai à vie. Cependant, Annick, tu ne peux absolument pas dire que «Virginie […] n’a pas réussi à faire bouger la société face aux véritables enjeux de notre système d’éducation.»

Premièrement, s’attendre à ce que Virginie change le monde, c’est accorder beaucoup trop de crédit à la télévision, et deuxièmement, c’est pas vrai!

N’eût été de Virginie, plusieurs personnes ignoreraient qu’on peut se faire kidnapper en Colombie. Ginette, à Chibougamau, ne saurait pas qu’on peut être lesbienne ET psychologue scolaire en même temps. Et les profs d’éduc gros du Québec seraient toujours victimes de discrimination.

Ça, c’est une parcelle de l’héritage légué par dix ans de feuilleton populaire quotidien, résumé en trois énoncés et avec un peu de second degré. Mais le plus sérieusement du monde, je peux te dire que moi, d’être assise dans le salon avec ma grand-mère à 19h à presque tous les soirs pendant presque toutes ces années, ça a changé ma vie.

Et que dire des éléments de culture générale parsemés ici et là par les personnages de Lacaille et Phaneuf? Apprendre que Marcel Proust a écrit À la recherche du temps perdu de la bouche de JiCi Lauzon, c’est pas rien. Ça, c’est pour la fiction. Dans la vraie vie, tu oublies peut-être qu’il y avait les bourses Virginie pour aider les décrocheurs à retourner à l’école. On ne peut pas demander à Fabienne Larouche de résoudre à elle seule le problème du décrochage scolaire, mais on ne peut pas dire qu’elle n’aura pas fait sa part.

Dans ta chronique, Annick, tu écris que tu viens tout juste de t’acheter une télé HD. Quand j’ai lu que tu n’y trouvais rien de bon, je me suis dit que tu avais peut-être tout simplement besoin d’un guide horaire. Alors voici quelques pistes.

«Trop de jeux télévisés sont insignifiants», écris-tu. L’autre jour, au Cercle, on apprenait que Réjean Ducharme avait écrit L’avalé des avalés et que le vrai nom de Daniel Lavoie était Gérald. Tu me diras que de connaître l’auteur mythique à l’origine des meilleures chansons de Robert Charlebois est un prérequis pour être un Québécois, mais mettons que Ginette, à Chibougameau, ne le savait pas. Elle l’aura au moins appris de Charles Lafortune. Quant à Gérald Lavoie, j’en conviens, ce n’était pas nécessaire.

«Près d’un million de Québécois regardent Découverte le dimanche soir! On a soif d’information. Quelques émissions d’affaires publiques l’ont compris», écris-tu plus loin. C’est avec des émissions de variété populaires comme Dieu merci! qu’on finance des émissions d’affaires publiques moins populaires telles que J.E. As-tu vu leur récent reportage sur la scientologie? On y apprenait notamment que France D’amour en est une adepte, ce qui explique bien des choses à mon avis.

«L’ère de l’opium du peuple est terminée. Notre télé ne doit pas nous geler», écris-tu aussi. As-tu vu la série Naufragés des villes, sur la pauvreté? Ce soir, parlant d’opium, Télé-Québec présente un documentaire sur les enjeux entourant la culture du riz. Télé-Québec, c’est au 17, avec les oreilles de lapin. Et savais-tu que la Course destination monde allait bientôt refaire surface au Canal Évasion et que Génies en herbe avait aussi ressuscité? Avec Stéphan Bureau à la télévision, impossible d’être gelé.  

«Encore trop de contenus télévisuels ne servent à rien, sinon qu’à divertir bêtement», rappelles-tu par ailleurs. Eh bien, Annick, c’est aussi à ça que sert la télévision. À divertir bêtement. À ce chapitre, je te recommande 19-2, une fascinante série sur l’univers policier, l’alcoolisme ethnique et les lesbiennes fétichistes.

Quand on reproche à la télé d’être divertissante, j’ai juste envie de répondre «produisez-la, votre émission intello». Elle sera écoutée par 400 personnes qui n’ont absolument pas besoin de la télé pour savoir que Marcel Proust a écrit À la recherche du temps perdu.

Parce que ce qu’il y a de beau, dans la culture populaire, c’est justement qu’elle soit populaire. Au pire, Annick, fais comme Boris Vian : retourne-la, ta télé, l’autre côté c’est passionnant.

Plus sur Virginie: Virginie c’est pour les amoureux…de la télévision québécoise.

  • Eric Gauthier

    Moi je dis, manque d’amour et frustration personnelle…. Peut-être un futur batteur de femme??? Qui sait….. On jase là!

  • ViRulent

    WOW ! Article d’un ridicule sidérant et commentaires de feu ci-bas !

    Je suis réellement ébranlé par la quantité de conneries qui s’est dit dans cette page !

  • Judith Lussier

    T’as rien vu, ViRulent, les plus vieux commentaires sont effacés.