Samedi dernier, les lock-outés du Journal de Montréal ont accepté l’offre que leur a faite Quebecor. Pas tant parce que celle-ci leur convenait que parce qu’ils étaient fatigués et qu’ils n’avaient plus vraiment le choix. Et ce matin, la grogne n’est plus dirigée vers Péladeau, mais plutôt vers Carbonneau, Claudette de son prénom.

Les travailleurs représentés par la CSN sont déçus. Ils considèrent que la machine syndicale n’a pas su être suffisamment combattive et que c’est en raison de la mollesse de cette dernière que le parti patronal a remporté la game. Ils ne vont pas jusqu’à remettre en question la pertinence du syndicat, mais moi, j’ose le faire. Je pose la question : à quoi servent les syndicats, aujourd’hui, en 2011 ?

Les employés du JdM le répètent sur toutes les tribunes : jamais il n’y a eu de véritable rapport de force. Peu importe les campagnes de boycott organisées par la CSN et les sept millions de dollars qu’elle a investis dans la bataille, celle-ci ne possédait tout simplement aucun pouvoir de négociation. Ce sont probablement les initiatives et la créativité des individus, qui se sont traduites par la mise sur pied de Rue Frontenac, qui auront eu le plus d’influence sur le cours des négos.

Ma situation personnelle n’a rien à voir avec celle des journalistes du JdM, mais elle me force tout de même à questionner le bien-fondé des FTQ, CSQ et autres SFPQ de ce monde. Je suis pigiste et travaille parfois à contrat pour le gouvernement. On m’oblige à verser 14$ par paye au syndicat des travailleurs de la fonction publique. Ça me paraît absurde qu’un employé contractuel qui ne bénéficie même pas d’un droit de rappel cotise à un syndicat, mais bon, j’ai toujours contribué à enrichir la caisse sans broncher – quelle autre option avais-je ? Le problème, c’est que chaque fois que mes collègues et moi-même avons eu besoin de son aide, le syndicat nous a dit qu’il ne pouvait rien faire pour nous.

Quand notre employeur a mis fin de façon précoce à notre contrat l’hiver dernier, nous privant ainsi d’une semaine de travail complète (ce qui représente beaucoup pour un pigiste), le syndicat nous a répondu que ça ne le regardait pas. Même chose, il y a quelques années, quand notre gentil patron a refusé de nous payer un congé férié, sous prétexte que nous n’avions pas droit à ça, nous, les contractuels ; le syndicat disait que la convention collective ne prévoyait rien par rapport à ce genre de situation, alors tant pis pour nous. Le fait que la loi oblige les employeurs à payer ces congés à tous leurs employés, ce n’était pas un argument suffisant pour eux, semble-t-il. On s’est battus tout seuls et on a obtenu gain de cause. On a fait des appels, écrit des lettres, parlé à des avocats, aux normes du travail, pendant que nos représentants syndicaux mettaient nos 14$ dans leur petite bourse et nous regardaient nous démener sans lever le petit doigt. Le petit doigt, ils le lèvent seulement quand ils boivent le thé, je crois.

Les syndicats ont certainement eu un grand rôle à jouer dans l’avancement des droits des travailleurs. Ils ont fait d’énormes gains au nom des ouvriers et permis à ceux-ci de ne pas se faire bouffer tout rond par leur boss. Malheureusement, nous sommes loin de l’époque où Michel Chartrand faisait des discours enflammés devant des foules de travailleurs confiants qu’enfin, leur sort allait s’améliorer.

  • Jean-Philippe Tittley

    « Les syndicats ont certainement eu un grand rôle à jouer dans l’avancement des droits des travailleurs. Ils ont fait d’énormes gains au nom des ouvriers et permis à ceux-ci de ne pas se faire bouffer tout rond par leur boss.»

    Toutes les situations ne sont pas celles du J***************l ; dans bien des cas, la simple présence d’un syndicat n’apporte plus grand chose, mais garantit un rapport de force qui évite de PERDRE grand chose. C’est déjà ça.

    Au demeurant, les questions syndicales se sont bel et bien décalées vers une lutte intestine, le plus souvent intergénérationnelle. C’est assurément dommage, mais ce n’est pas parce que le pain goûte trop la levure qu’il faut cesser de panifier. Une recette, ça se change.

    N’oublions pas que dans ce cas-ci, l’existence d’une communauté organisée, si elle n’a pas permis de gagner la bataille stricto sensu, a tout de même favorisé la création de Rue Frontenac, pour lequel on devine aujourd’hui un avenir florissant. C’est peut-être sur cette avenue que se gagnera la lutte. Espérons-le.