JohnWayneGacy

Je sais pas combien vaut un pic de guitare de Jimmy Page ou bin un string souillé de Paris Hilton sur eBay, mais les paroles d’une toune de Charles Manson, écrites de sa main, vont chercher dins trois cent cinquante piasses chez Daisy Seven Auctions, un site qui se spécialise dans la vente de reliques d’assassin, ce qui est désormais chic d’appeler les murderabilias.

La belle Daisy a accepté de répondre à mes questions. Je l’ai jointe au téléphone chez elle au creux de ses États-Unis, avec trois heures de décalage, pis deux pintes et demie d’avance sur elle. J’y vas d’une traduction approximative vu que je parle probablement moins bien anglais que toi.

Est-ce que ça paye, ma belle? «Daisy Seven est le plus gros vendeur de murderabilias à travers le monde.» J’ai beau raconter à la délicieuse Daisy comme quoi Nightlife Magazine m’a sacré freak à l’Halloween, rien à faire, elle me sert de la réponse en cassette préenregistrée. Les gens troublés, ceux du genre à collectionner des souvenirs d’assassins, je les croyais open à s’ouvrir le coeur, à partager leur passion pour le morbide, mais non! Il s’agit juste d’une autre bande d’assholes paranos. Moi qui voulais me faire des amis.

Faque j’enchaîne comme un pro : c’est qui ta clientèle? «Des docteurs, des avocats, des juges, des femmes au foyer, des étudiants, des vedettes, des spécialistes en graphologie.» Pas moyen d’avoir le nom d’une vedette, salope de Daisy, elle se mériterait une claque si on était en personne. Chlac !

Ma toute Daisy, pour quel meurtrier tes clients craquent-ils le plus? «Richard Ramirez (1) est un gros vendeur. Mais t’sais, honnêtement, je saurais pas te dire. On tient un inventaire au choix immense, nomme-moi un tueur pis on a certainement de quoi pour te satisfaire mon beau Eddie.» La Daisy, je la vois comme une Vanna White qui me présente sa gamme de produits availables avec ses grandes griffes vernies rouge, des grosses boules, des lèvres pulpeuses figées dans un sourire super fake, robe de soirée, talons hauts, les yeux pâles pis vides, un cadavre découpé en morceaux qui dort dedans son frigidaire depuis avant-hier.

C’est quoi le best-seller? «Les lettres signées. Les peintures pis les dessins vendent pas mal aussi. Attends Eddie, je trouve mon feu pis je m’allume une smoke… »
C’est ça oué, allume-toi une smoke.

J’en profite pour aller surfer sur la Serial Killer Central. Ce site compte quasiment cinq mille mem­bres. C’est loin des billions sur fuckin’ Facebook, soit. Mais là-bas, c’est pas pour shaker des hamsters pis se payer des tournées de booze mail qu’on s’y rencontre, c’est pour parler d’assassins célèbres comme d’autres parlent de hockey.

Cinq mille fans de tueurs, ça donne froid dans le dos. Pas toi? Ted Bundy(2) a dit : «We, serial killers, are your sons. We are your husbands. We are everywhere. And there will be more of your children dead tomorrow. » Quelle prémisse pour un carnage !

Ces temps-ci, à ce que j’ai pu lire sur les forums de discussion, Jack the Ripper a pas trop trop la cote, son score — de cinq, faut-il le rappeler! — fait piètre figure devant Tchikatilo(3). Pis quand t’as un Cho qui débarque à Virginia Tech pis qu’en une coup’d’heures shoot fatal trente-deux étudiants à l’avenir prometteur, les cinq fuckin putes de Jack, c’est quasiment une insulte à la profession. Moi, chuis un romantique, j’aime bin l’Éventreur.

Je me suis ouvert un profil sur skcentral. J’ai posé la question suivante sur le forum des murderabilias : je trouve correct qu’on ait envie de collectionner des vinyles super rares d’Elvis, mais une motte de poils de poche de Juan Corona(4). Pourquoi vous collectionnez des mottes de poils de poche de Juan Corona? Juste pour savoir… On m’a kické out de la centrale avant que j’aille une réponse.

C’est là que Daisy orprend le combiné, me souffle sa boucane dans face en me disant pour changer de sujet : «On a jamais payé directement les tueurs.» Pourtant Lawrence Bittaker(5) affirme dans le maga­zine Bizarre (#125) avoir fait des affaires d’or. « Je confectionnais des cartes de souhaits à la main. J’ai volé des ongles d’orteil à Randy Kraft(6) pour les vendres aux fans dehors. En tout & partout, j’ai fait à peu près cinq cents piasses. » Daisy paye pas directement ses tueurs mais on s’entend que ces précieux objets tombent pas du ciel.

Je fais un retour : est-ce que c’est payant ? «R’garde Ed, j’ai déjà vu des trucs partir à plus de mille piasses.» Le plus sick? «Le plus weird stuff qu’on a vendu c’est à mon avis une toile de Wayne Lo(7). Il avait éjaculé dessus à grandeur.» Oh yeah, j’aime­rais tellement ça avoir une aquarelle d’Albert Fish(8) couverte de son sperme!

Daisy me révèle ensuite la couleur de sa culotte — rose — pis respire plus saccadé. Je lui shoot du tac-o-tac que j’ai en ma possession le cédé de Mégadeth que Kimveer Gill a écouté avant de débarquer à Dawson, que j’ai envie de m’en débarrasser. Comment est-ce que je peux pawner le cédé sur son site ouèbe ? «Tu t’enregistres comme vendeur, pis tu listes ça dans rubrique school shooters.»

Easy de même. Merci Daisy.
Faque j’ai vendu mon cédé de Megadeth super cher pour me procurer ensuite les couilles de John Wayne Gacy, un super concentré de testostérone dans le formol. Entre une figurine de Sid Vicious pis ma photo autographiée par Bianca Beauchamp, il y a le bocal qui trône fièrement sur l’étagère en face de moi, tandis que j’aligne ces derniers mots.

1    Bodycount de 14 durant les années 80, Californie, le Night Stalker
2    Bodycount indéterminé (entre 20 pis 40) durant les années 70, à travers les States, le Lady Killer
3    Bodycount incroyable de 52 kids durant les 80’s, ex-urss, l’Ogre.
4    Bodycount de 25 dans l’espace de six mois en 1971, Mexique, le Machete Murderer.
5    Bodycount de 5 avec son chumRoy Norris en 1979, Californie, les Plyer Killers
6    Bodycount indéterminé (condamné pour 16 meurtres, on le suspecte pour une quarantaine d’autres) durant les années 70 pis 80, Californie, le Freeway Killer.
7    School shooter au score de 2, le 14 décembre 1992, Massa­chusetts.
8    Bodycount de 5 dins années vingt pis trente, New York, le  Gray Man.